YASMINA KHADRA.

Yasmina Khadra au Salon du livre de Paris en mars 2010.

SA VIE . 

Yasmina Khadra est le pseudonyme de l’écrivain algérien Mohammed Moulessehoul, né le 10 janvier 1955 à Kenedsa, dans le Sahara Algérien.

Il suit des études dans un lycée militaire. Il entre dans l’armée Algérienne, en tant qu’officier. Il est responsable de la lutte contre l’AIS puis le GIA.

 

CE QUE LE JOUR DOIT A LA NUIT. Editions Julliard, Paris. 2008. 

 

Dans l’Algérie des années 1930, Younes fuit avec ses parents et sa soeur, le village de ses ancêtres. Son père a hypothéqué ses biens et il a tout perdu à la suite de mauvaises récoltes… La dernière a même été brûlée par malveillance. Younes arrive à Oran chez son oncle. Ce dernier trouve un logement à sa famille à Jenane Jato, un quartier touché par la misère et sordide. Son père travaille dur pour remonter la pente et faire des économies. Mais il est abusé par un voyou et se fait dépouiller l’argent mis de côté.Son père décide alors de le laisser à son oncle qui a demandé à son frère plusieurs fois de l’adopter. Jusque là il a toujours refusé. En effet, son oncle n’a pas d’enfants et c’est un rêve pour leur couple d’en élever un. Cet oncle est pharmacien à Oran. Il va donc élever Younes et lui permettre de faire des études. Adopté il change de nom et devient Jonas.Jonas n’a plus de lien avec ses parents et sa soeur. Il vient juste en cachette pour les voir et leur propose de l’argent. Un jour, il aperçoit son père qui est jeté d’un café dans un caniveau. Il a bu. C’est la dernière fois que Jonas le verra.Sa nouvelle famille quitte Oran pour Rio Salado (p207). Son oncle vend sa pharmacie à Oran et en achète une autre ici. Jonas y grandit, aime ce lieu. Il y rencontre des amis fidèles. Il s’y intègre à la communauté pied-noire. Il noue des amitiés indissolubles, françaises et juives. Il a son premier amour avec Madame Cazenave, une femme plus âgée.Puis il rencontre Emilie, sa fille, que les jeunes gens se disputent. Emilie est une “princesse”. En arrivant un jour  à la pharmacie, sa mère lui indique que sa fille est amoureuse de lui. Mais elle  lui fait promettre que compte tenu de leur liaison, il n’aura jamais de lien amoureux, ni de mariage avec elle. Jonas le lui jure.

Tout autour, des Français régissent la ville, dans l’abondance et à côté des Algériens souffrent. Ils n’ont pas d’instruction et les Français les traitent comme des esclaves. Jonas leur porte parfois secours financièrement.

Emilie déclare à Jonas son amour qu’il rejette. Par dépit et effondrée, elle épouse Simon, son meilleur ami.

Mais l’Algérie coloniale vit sa dernière splendeur. Des violences, des déchirures et des trahisons se déchaînent. Les amitiés se disloquent et s’entrechoquent.

Jonas aide à soigner, dans le secret, un combattant de l’ombre qui est blessé avec les médicaments qu’il vend en pharmacie, au péril de sa vie et de celle de sa mère adoptive.

Il essaye de parler à Emilie dont le mari vient d’être tué et sa maison brûlée dans cette révolte.

” Les fellagas. Ils ont égorgé Simon et mis le feu partout. Le temps d’arriver ils étaient partis (…) ” (p344).

Mais elle le rejette à son tour. Elle part alors vivre à Oran. Jonas va la retrouver mais elle lui tourne le dos.

Les Français doivent quitter l’Algérie. Emilie est partie maintenant à Marseille. Jonas la recherche encore. Il la trouve mais elle refuse son aide. Il retourne donc en Algérie…

” Ce n’est la faute de personne Younes. Tu ne me dois rien. Le monde est ainsi fait, c’est tout. Et il ne me tente plus.” (p 408).

Jonas revient à Marseille. Emilie est morte. Elle lui a laissé un coffret, post mortem, lui demandant de lui pardonner ce qu’elle lui a dit. Elle n’a jamais oublié son amour d’enfance. Il sème le reste de la rose cueillie pour elle et glissée dans le livre d’Emilie, il y a soixante-dix ans sur sa tombe.

Emilie dans cette lettre lui avoue qu’après l’avoir vu, elle l’avait attendu plusieurs jours. Il se sent alors peiné mais serein de savoir qu’elle l’a toujours aimé.

Jonas se réconcilie alors avec tous ses amis vivants. Il les retrouve et les invite.  Puis il rentre à Rio Salado où il a fondé depuis une famille. Sa femme est depuis morte mais il doit marier son petit fils dans trois jours (p437)…

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Ecrit et publié par Claire le 28 Novembre 2011.image74 


Archives pour la catégorie -Hommes célèbres.

AMIN MAALOUF ET LES IDENTITES MEURTRERES.

Amin Maalouf à la Comédie du livre de Montpellier, 23 mai 2009

LA VIE DE AMIN MAALOUF. 

Amin Maalouf est un écrivain franco-libanais né le 25 février 1949 à Beyrouth. Il passe son enfance en Egypte où son grand-père maternel s’est installé. Puis il revient à Beyrouth avec sa famille. Son père est journaliste, poète et écrivain. Ses ancêtres se sont convertis au protestantisme au XIXème siècle.

Il suit des études primaires à Beyrouth dans une école française de pères jésuites. Puis il étudie la sociologie et les sciences économiques.

Il épouse une éducatrice Andrée en 1971 avec laquelle il aura 3 enfants. En 1975, la guerre civile éclate au Liban, il arrive avec sa famille en France en 1976 et s’y installe.

Il obtient le prix Goncourt pour Le Rocher de Tanios en 1993.

En 2007-2008, il partage un groupe de réflexion mandaté par la Commission européenne sur le multilinguisme.

Il obtient pour les Identités meurtrières  en 1999, le prix européen de l’essai Charles Veillon. Amin Maalouf s’interroge sur cette notion cruciale d’identité et nous invite à un humanisme ouvert qui refuse à la fois l’uniformisation planétaire et le repli sur la “tribu”.

ANALYSE DES IDENTITES MEURTRIERES. 

Dans les Identités meurtrières, Amin Maalouf indique que l’identité ne se compartimente pas, elle ne se répartit, ni par moitié, ni par tiers mais qu’elle est faite de tous les éléments qui l’ont façonné et qui rassemblés ne donnent pas la même identité d’une personne à l’autre (p7).

Il constate qu’une communauté humaine dès qu’elle se sent humiliée ou menacée produira des meneurs qui commettront des atrocités (p37). Ceux qui pourront assumer pleinement leur diversité serviront de ” relais ” entre les diverses communautés, les diverses cultures (p11). Si ces derniers ne peuvent pas l’assumer, ils se trouveront dans ceux qui sont remplis de haine car ils auront espéré une vie meilleure pour eux et pour leur famille (p48). Ils se sentiront trahis par la patrie d’accueil et cela débouchera sur une frustration et des contestations brutales.

Par ailleurs, ceux qui s’imprègneront de la culture du pays d’accueil pourront en contre partie l’imprègner de leur culture (p51). Plus un émigré sentira sa culture d’origine respectée, plus il s’ouvrira à la culture du pays d’accueil (p51).

Aucune religion n’est dénudée d’intolérance, voir le christianisme des siècles passés. Si l’on faisait le bilan de l’islam, ce dernier ne ferait pas si mauvaise figure (p67). La religion musulmane n’est pas la représentation de tous les maux des sociétés qui s’en réclament (p71). Si les musulmans du tiers monde s’en prennent violemment à l’Occident, c’est parce qu’ils sont pauvres, dominés et que l’Occident est riche et puissant (p76).

Lorsque la civilisation de l’Europe Chrétienne a pris l’avantage, toutes les autres religions se sont mises à décliner parce que l’humanité avait désormais les moyens techniques d’une domination planétaire (p83).

Quand les non occidentaux parlent avec un Occidental, c’est toujours dans sa langue. Combien d’Anglais, de Français, d’Espagnols, d’Italiens ont-ils jugé utile d’étudier l’arabe ou le Turc ? (p87).

En faisant état de toutes les circonstances qui conduisent les jeunes du monde musulman à s’enrôler dans des mouvements religieux, on ne peut ressentir qu’un profond malaise (p102). L’avenir n’est écrit nulle part, l’avenir c’est nous qui le feront (p113). Il convient que le monde dissocie la religion et la spiritualité du besoin d’appartenance (p110).

S’agissant du vent de la mondialisation, il ne faut pas l’entraver (p113). Mais les multiples appartenances particulières ne doivent pas être effacées par l’appartenance principale (p114/115).

Chacun de nous est dépositaire de deux héritages : l’un vertical lui vient de ses ancêtres, des traditions de son peuple et de sa communauté religieuse, l’autre l’horizontal lui vient de ses contemporains (p119). Il ne s’agit pas seulement de l’influence de l’héritage vertical, il s’agit surtout de mettre en lumière le fait qu’il n’y a qu’un fossé entre ce que nous sommes et ce que nous croyons être (p119).

La mondialisation nous entraîne d’un même mouvement vers deux réalités opposées, à savoir l’universalité et l’uniformité (p120).

Un changement accepté ne doit pas seulement être conforme à l’esprit du temps. Il faut aussi qu’au niveau des symboles, il ne heurte pas, qu’il ne donne pas à ceux qu’on incite au changement l’impression de se renier (p85). L’identité est d’abord une affaire de symboles et d’appartenance (p140).

Une bonne connaissance de l’Anglais est aujourd’hui nécessaire si l’on désire communiquer avec l’ensemble de la planète, on ne peut le contester (p159). Mais pour tout être humain la langue identitaire doit-être conservée (p154). Chacun a besoin de ce lien identitaire et rassurant (p154).

Chacun d’entre nous devrait être encouragé à assumer sa propre diversité, à conserver son identité, comme étant la somme de ses diverses appartenances au lieu de la confondre avec une seule érigée en appartenance suprême. 

Il convient de faire qu’en sorte personne ne soit exclu de la civilisation commune qui est entrain de naître (p187).

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Ecrit et publié par Claire le 23 Octobre 2011. 

LARBI OUDJEDI.

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Larbi Oudjedi est né le 24 Mai 1982, village IL baten dans Akfadou, Wilaya de Béjaïa. C’est un acteur, réalisateur et écrivain Kabyle, Algérien vivant à Paris.

- De 2001-2005, Larbi Oudjedi prépare une licence de Français à l’Université Abderrahmane Mira de Béjaïa.

Il y est remarqué par le réalisateur Saïd Bellili en 2003, lors d’un casting effectué dans l’enceinte de l’université,  pour jouer le rôle principal dans «  La Malédiction « , une histoire d’amour qui ne résiste pas aux traditions Kabyles des années 1960.

- En 2005, Larbi Oudjedi réalise un reportage de 26 minutes pour la Télévision où il obtient le 1er prix à BRTV Paris.

En effet, lors d’un concours du meilleur reportage, organisé par la BRTV, il obtient le 1er prix avec un court métrage retraçant la vie d’une collègienne de 15 ans qui consomme du gaz butane depuis l’âge de 8 ans et qui ne parvient pas à décrocher malgré l’aide de ses parents et d’un psychologue.

- De 2006 à 2010, Larbi Oudjedi prépare un Master de Cinéma et audiovisuel, réalisation et création à l’université Vincennes-Saint-Denis (Paris VIIII).

- En 2007, Larbi Oudjedi effectue deux stages de deux mois à la télévision BRTV Paris.

- En 2008, il y a la sortie du film  » La Malédiction  » en France, un long métrage en langue Berbère, dans lequel Larbi Oudjedi joue le rôle principal. C’est l’histoire, dans un village perdu de la Kabylie des années 1960, de deux jeunes gens Idir et Ferroudga qui s’aiment. Mais cet amour est brisé par le père d’Idir qui prime les intérêts matériels aux sentiments et l’oblige à se marier avec Dahbia. Idir s’y résigne mais pour oublier, il s’exile en France en ayant également comme objectif de retrouver son frère dont il n’a plus de nouvelles depuis plusieurs années. La Malédiction suit Idir tout au long de ce film. La première rupture d’Idir dans l’ordre établi intervient lors de cet exil. Il revient, après une longue absence, dans sa famille, après un parcours qui est semé d’embuches.

- En 2010, Larbi Oudjedi publie un essai intitulé  » Rupture et changement dans la colline oubliée « . 

« La Colline Oubliée » est un roman de l’écrivain Mouloud Mammeri, décédé le 25 Février 1989, auteur algérien mais aussi considéré comme un romancier Berbère. Puis le réalisateur Abderrahmane Bouguemouh en a fait le premier film en tamazight, sorti en 1997. La musique de ce film est composée par Cherif Kheddam. Les habitants d’un village, nommé Tasga «  La Colline oubliée » en 1939, au coeur des montagnes de Haute Kabylie sont régis par les coutumes ancestrales et leur existence s’écoule au gré des saisons. Néanmoins des jeunes gens prennent conscience et ils pensent que la France coloniale rompt l’harmonie de leur vie. De plus, ils souffrent des traditions ancestrales pesantes, de la superstition des ancêtres, des maladies, des départs forcés à la guerre qui apparaissent alors comme néfastes pour eux. Désorientés, ils ressentent ce vécu comme une Malédiction sur leur village. Certains s’exilent pour lutter contre cette misère qui les touche chaque jour. Cette vie de désolation subie, les amène ainsi au rejet de leur propre société ainsi que de l’occupation étrangère. Ils veulent la transformer. Ce film décrit la misère sociale, le typhus qui décime des villages entiers. C’est une vue fidèle de la Kabylie des années 1930 et 1940 en cette période coloniale. L’âme berbère, en lien avec sa terre et de ses particularités avec ses moeurs et ses coutumes, y est aussi révélée.

Larbi Oudjedi fait dans « Rupture et changement dans la colline oubliée  » une analyse du roman de Mouloud Mammeri. Il montre que les habitants de Tasga vivent ici une véritable mutation. L’originalité est qu’il partage ce film en sept chapitres, les sept portes de Tasga, liées les unes aux autres, en y apportant un éclairage propre. Il aborde alors les thèmes de la misère, de l’exil, de la guerre, du typhus, de l’amour impossible d’une part entre Mokrane et Aazi et d’autre part entre Menach et Davda. Il y démontre, de façon approfondie, le rôle de chacun des acteurs. Il estime qu’il n’y a pas de changement sans rupture ou révolution de tout ce qui empêche le progrès d’une société. Il souligne aussi les entraves mises depuis 1962 à 1992 par les autorités à la suite du projet du film de Abderrahmane Bouguemouh ainsi que l’immense impact de l’oeuvre de Mouloud Mammeri au plan culturel, sociologique et politique en Algérie. Il rappelle que les habitants de Tasga sont autant Algérien que les autres compatriotes. Ce livre est paru en janvier 2010, aux éditions Achab.

Larbi Oudjedi  a vu le film  » La Colline oubliée  » de Abderrahmane Bouguermouth, lors de sa sortie à Sidi-Aich (Bajaïa). C’est ce film qui lui a donné l’envie de mener ses études de cinéma. Pour Larbi Oudjedi, le cinéma permet de créer et de remettre en question l’ordre établi. En réalisant un film, il y a toujours une recherche de l’esthétique donc de la Beauté.

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Biographie écrite et publié par Claire le 06 décembre 2010.image74 

MATOUB LOUNES.

 

LE CHANTEUR POPULAIRE :

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Matoub Lounes est un chanteur compositeur Kabyle, Algérien qui militait pour la laïcité et l’identité Berbère en Algérie. Il est né le 24 janvier 1956 à Taourirt Moussa. Il meurt assassiné le 25 juin 1998 sur la route qui relie Tizi Ouzou à quelques kilomètres de son village natal, dans un guet-apens. Il est alors en voiture avec son épouse et ses deux belles soeurs, Farida et Ouarda.

Il apprend la musique seul. A 9 ans, il fabrique une guitare artisanale. Par la suite, il ne veut pas apprendre le solfège car il a peur d’être bloqué dans son inspiration artistique et donc y renonce. C’est ce qui lui permet de sortir de la musique conformiste. Il fait tout à l’oreille. Il compose ainsi ses mélodies. Il emprunte ses intonations au Chaâbi, musique populaire qui s’inspire du répertoire folklorique du pays. Il utilise des instruments traditionnels comme la mandole et reprend les thèmes du folklore Kabyle.

Matoub Lounes avait acquit ses connaissances de sa mère qui chaque soir lui racontait des contes Kabyles. Il parlait l’anglais, le français, le Kabyle.

SES ENGAGEMENTS :

Il parle de la haine et de l’amour. Pour lui la vie n’a pas de règles immuables mais peut changer, évoluer.

Il refuse aussi que la femme soit prisonnière entre quatre murs mais  préconise qu’elle accède au savoir et aux sciences. Elle doit avoir aussi la liberté de choisir dans l’amour.

Il s’engage, à travers ses chansons, à défendre l’identité Berbère en Algérie. Il est très attaché à sa langue, sa culture, sa patrie. Il reproche également aux dirigeants de l’époque d’avoir usurpé le pouvoir et la liberté d’expression. Il s’insurge dans ses chansons pour dire non à cette domination. Il lutte aussi contre les intégristes islamiques. 

La question identitaire est fondamentale pour lui et devient une priorité et une nécessité. Pas à pas, il suit l’histoire de la Kabylie et la met en chanson. Il est provocateur et n’hésite pas dans le choix de ses mots incisifs. Ce qui fait que ses chansons furent souvent interdites sur les ondes algériennes.

SA VIE :

Matoub Lounes est scolarisé dans l’école primaire de son village en 1961. Il part ensuite au collège des Issers dans la wilaya de Boumerdès. Puis il fait une formation de mécanique à Bordj El Bahri dans la wilaya d’Alger.

Il est appellé pour son service militaire à Oran en 1975 pendant deux ans.

En 1978, il arrive en France où il est remarqué lors de l’animation de soirées dans un café parisien. 

Idir, le chanteur, l’a accompagné dans une maison pour enregistrer son premier disque qui fut un succés. Il sort son premier album en 1979, intitulé Ayizem anda tellid ? (Ô lion où es-tu?).

En 1980, il se produit à l’Olympia dans une salle comble. Il porte un treillis militaire comme si la Kabylie était en guerre. Il capte le public occidental.

Il est une des figures du «  Printemps berbère  » de 1980.

Il a déjà été grièvement blessé, le 09 octobre 1988, de 5 balles de Kalachnikov tirées par un gendarme de Michelet dans le ventre et qui fait éclater son fémur droit. En 18 mois, il subit 14 opérations chirurgicales. C’est alors qu’Isabelle Adjani lui rend visite à la clinique des Orangers à Alger, lorsqu’il s’y trouve.

De plus, le 25 Septembre 1994, vers 21 heures 30 dans un café-bar pas loin de Tizi-Ouzou, il fut enlevé par un groupe armé islamiste, puis libèré le 10 octobre 1994 à la suite d’une forte mobilisation de la population Kabyle. Il a eu très peur lors de cet enlèvement car son procés s’est alors déroulé. Mais il n’a jamais cessé de chanter et de continuer son combat.

Il se marie trois fois : en 1985 avec Djamila. Il est séparé en 1988. Puis il prend pour épouse Tassadit en 1991 et se sépare rapidement à la suite de problèmes personnels et enfin il se marie avec Nadia en 1997.

Il reçoit le Prix de la Mémoire le 06 Décembre 1994 de Danièle Mitterrand.

En 1995, il publie un ouvrage, le Rebelle.

En 1995, il participe à la marche des rameaux en talie pour l’abolition de la peine de mort.

En 1995, le SCIJ (Canada) lui remet le Prix de la Liberté d’expression.

Après son assassinat le 25 juin 1998 et à son enterrement, la Kabylie a connu plusieurs semaines d’émeutes et de deuil. D’après les autorités algériennes le chanteur a été victime d’un faux barrage et exécuté par le GIA.

SA MEMOIRE PERPETUEE :

Une Fondation a été créée par ses proches pour perpétuer sa mémoire, faire la lumière sur son assassinat et promouvoir les idées défendues par Matoub Lounés. Malika Matoub, sa soeur, en est la Présidente et Juba Laksi, le Secrétaire Général.

Dix rues portent le nom de Matoub Lounes à Paris, à Aubervilliers, à Saint-Martin d’Hères près de Grenoble, à Vaulx-en- Vélin près de Lyon, à Pierrefitte-sur-Seine, à Nancy, à Nantes et à Saint-Etienne.

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Bibliographie de Matoub Lounes écrite et publiée par Claire le 01 Décembre 2010. Je remercie Aziz Hamdi pour l’aide, à postériori, apportée à la rédaction de l’article.                       image74 

LE COLONEL AMIROUCHE, HEROS KABYLE.

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LE COLONEL AMIROUCHE. 

Amirouche Aït Hamouda plus connu sous le nom de Colonel Amirouche est un colonel de l’Armée de Libération Nationale Algérien. Il est né le 31 Octobre 1926 au Village de Tassaft Ouguemoune (actuellement faisant partie de la commune d’Iboudraren). Ce village est situé dans les montagnes du Djurdjura en Kabylie (Algérie).

Il est issu d’une famille aisée et fils d’Amirouche Aït Hamouda et Fatima Aït Mendès Ben Ramdane. Il se marie à L’Oued Fodda avec sa cousine germaine dont la famille l’aide à installer un commerce de bijouterie à Rélizane. Il y crée et vend entre autres des colliers, bracelets et bagues.

Puis il est pris par le jeu de la politique et s’y engage. Il devient permanent au siège du MTLD ( Mouvement par le Triomphe des Libertés Démocratiques, parti nationaliste algérien fondé en 1946) et rentre à l’OS (Organisation Spéciale, bras armé clandestin du MTLD fondé en 1947). Mais la répression touche l’OS du MTLD et Amirouche est deux fois emprisonné en 1947 et 1948. Ensuite libéré il a l’interdiction de séjourner à Alger. Il retourne donc à Relizane.

Toujours sous surveillance, il décide de partir pour Paris en 1950 et y reste jusqu’en septembre 1954. Il milite alors au MTLD de Paris dans la kasma du 3ème arrondissement, qui sera le premier à adhérer à la Fédération de France du FLN (Front de Libération Nationale). De retour à Alger, il intervient pour son père qui a été injustement imposé en Kabylie. Il obtient l’annulation de cet impôt. Il rentre ensuite au maquis le 01 Novembre 1954 dans la zone de Aïn El Hammam (ex Michelet). Après la mort de Amar Aït Cheikh qui vient d’être tué dans une embuscade, il prend sa place, à la suite d’une demande non conventionnelle, et réorganise le maquis.

Au début de l’année 1955, Krim Belkacem, le chef de la Wilaya III prend contact avec lui pour le juger. En effet, Amirouche exerce son commandement, collecte de l’argent, récupère des armes, sans avoir été mandaté. Il montre alors la tenue de ses activités, les comptes financiers. Agréablement surpris par les documents remis et le travail fait par Amirouche, Krim Belkacem le nomme responsable de toute la vallée du Soummam, de Sidi Aïch à Bouira. Il a ici pour mission d’implanter des maquis dans cette zone. Il devient son principal adjoint.

Lors du départ de Mohammedi Saïd vers « l’extérieur », le conseil de la Wilaya, le désigne comme successeur mais Amirouche refuse car il n’est pas le plus ancien officier dans le grade, en l’occurence Saïd Yazouren dit Vrirouche, comme la règle de l’ALN le dicte. Ce dernier, envoyé à Tunis, y est maintenu pour permettre la désignation d’Amirouche.

1958-1959 est la période de la Bleuïte, opération de manipulation menée qui consiste à dresser des listes de prétendus collaborateurs de l’armée française et à les faire parvenir jusqu’aux chefs des combattants de l’Armée de Libération Nationale (ALN). Il s’agit d’une ruse du capitaine Paul-Alain Léger, subalterne du colonel Godard. Des faux traîtres sont dénoncés et des arrestations, tortures et liquidations physiques ont lieu dans le maquis Algérien. Elles touchent surtout des intellectuels et des étudiants. Amirouche, trompé, adresse une lettre au colonel Godard, lui indiquant qu’il a découvert les complots de certains de ses combattants. Les Français s’aperçoivent ainsi qu’il a été berné par leur stratégie. Cette épuration intervient d’abord en Kabylie et ensuite elle s’étend à la totalité du maquis mais aussi à l’extérieur du FLN. Des milliers d’Algériens combattants disparaissent ainsi.

Du 06 au 13 Décembre 1958, une réunion a lieu en Wilaya II. Avec Amirouche, il y avait Si M’Hamed (Wilaya IV), Si El Haouès (Willaya VI) et Hadj Lakhdar (Willaya I). Les chefs des Wilayas II Ali Kafi et V Boussouf le bras droit de Boumédiène sont absents. Amirouche voulait, dans cette réunion, établir la primauté d’un gouvernement de « l’intérieur » sur celui de « l’extérieur ».

Le 06 Mars 1959, Amirouche demande de se présenter à Tunis pour rencontrer le GPRA (Gouvernement Provisoire de la République Algérienne) car la situation des Wilayas se détériore. Il est accompagné de Si El Houès, du commandant Amor Driss et de 40 Djounouds. Ils sortent de Kabylie et passent vers le Sud entre Djelfa et Boussaâda pour rejoindre la frontière Tunisienne. Mais son itinéraire est découvert et le colonel Ducasse du 6e RPIMA lui tend une embuscade. Sur le chemin vers Boussaâda, les deux colonels et leurs hommes poursuivis sont obligés de se cacher dans des grottes. Mais l’armée Française appelle des renforts et l’aviation, les canons pillonnent ces grottes. Amirouche et Si El Houès tombent ensemble à Djebel Thameur le 29 Mars 1959.

Une dépêche de l’AFP (Agence Française de Presse) du 30 Mars 1959 annonce que le colonel Amirouche a été éliminé par grenade. Son corps est enterré par les Français puis rendu aux Algériens en 1964, déterré d’une caserne près de Bou Saâda puis caché une seconde fois par Boumédiène au siège de l’Etat major de la Gendarmerie nationale.

Je cite le journal El Watan du 09 Avril 2010, Interview de Nouredine Aït Hamouda, fils du colonel Hamirouche à l’occasion de la sortie du livre de Saïd Sadi sur le colonel Amirouche :

 » Qu’apprend-on de nouveau dans ce livre sur le colonel Amirouche ?

Il ne faut pas se leurer : il a une quizaine d’années, le pouvoir censurait le nom de Amirouche. Lors de la sortie du film L’Opium et le bâton, en 1971, Boumédiène en personne est intervenu pour enlever le nom d’Amirouche du scénario. Dans ce livre, Sadi retrace toute la vie de Amirouche, tout son combat est relaté (à Oued Fodda, à Oran, Relizane, à Paris, à la Wilaya III, à Tunis etc). Ce livre démontre et prouve une thèse fondamentale : Amirouche a été abattu lors d’une embuscade tendue par l’armée française, mais il a été donné, vendu aux français par le MALG (Ministère de l’Arement et des liaisons générales), c’est à dire par Boussouf et Boumédiène en personne. « 

Le 19 juin 1965, un coup d’Etat écarte le Président Algérien en exercice, Ahmed Ben Bella. Après l’indépendance du pays en septembre 1962, ce dernier, membre fondateur du FLN, avait triomphé de ses adversaires politiques, grâce à l’appui de Houari Boumédiène alors Chef d’Etat major de l’armée de libération nationale. Le Minitre des affaires étrangères, Abdelaziz Boutéflika a été limogé au préalable.

Houari Boumédienne, ministre de la Défense sous Ben Bella, met en place un pouvoir à base militaire et il y préside l’exécutif, le Conseil de la Révolution. Une révolte éclate vers la fin des années 1980. Boutéflika, alors Ministre des affaires étrangères est écarté de la succession par L’armée qui tient le pouvoir.

Il est néanmoins à noter, comme me le disait un Algérien que le peuple Algérien, dans sa révolution, a fait son devoir pour libérer l’Algérie du colonialisme. Certains ont même pris le chemin de l’exil et se sont retrouvés nourris pendant plusieurs années par des associations internationales avec comme nourriture uniquement du riz.

Amirouche, héros Kabyle, est encore beaucoup contesté en Algérie aujourd’hui, compte tenu du nombre de morts qui s’élèveraient à environ 2000 individus, intervenus lors de la Bleuïte.

Longtemps après la fin du conflit qui opposait l’Algérie à la France, lorsque Taos Amrouche, soeur du célèbre poète et essayiste Jean Amrouche et artiste Amazigh-Kabyle, née à Tunis le 04 Mars 1913 vint avec ses chants Berbères de Kabylie à Alger en 1969, à l’occasion du festival panafricain, elle se heurta encore à la censure de Boumédiène. Néanmoins, elle chanta devant les étudiants d’Alger, en signe de reconnaissance pour sa mère Marguerite-Fadhma Aït Mansour qui lui avait légué tant de chansons, contes et éléments du patrimoine par oral. Elle les chantait avec une voix exceptionnelle.

C’est, à la fin du conflit, par millions que se chiffrent en Algérie, les victimes militaires et civiles touchant le pays dans sa reconstruction et son développement.

 

 

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Texte écrit et publié par Claire le 16 Juin 2010.image74

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EPICTETE.

 Epictète

Epictète est probablement né à Hérapolis (Sud-ouest de la Phrygie). Il est emmené à Rome, enfant, comme esclave au service de Epaphrodite, maître cruel. Ce dernier lui aurait cassé une jambe d’où son surnom d’Epictète le boiteux.

Epictète réussit à assister aux conférences du stoïcien Musonius Rufus. Comme Socrate, il n’a rien écrit. Puis ancien esclave affranchi (on n’en connait pas les conditions), il étudie la philosophie et le stoïcisme en particulier. Mais en 89 -94, il doit quitter Rome à la suite d’un édit, contre les philosophes, dicté par l’empereur Domitien. Il va à Nicopolis d’Epire où il ouvre une école qui connaît un grand succès. Il enseigne sous forme de discussions et de remises en questions.

Il revient ensuite à Rome où il serait devenu un familier de l’empereur Hadrien. Il crée à son tour un enseignement de philosophie où il expliquait à ses disciples les principes de base de la morale stoïcienne sous la forme de libres discussions et de réponses à leurs questions. C’est probablement Flavius Arrien qui a rédigé le résumé vivant que constitue deux de ses ouvrages : Les entretiens et  Le Manuel.

La question principale à laquelle tente de répondre Epictète est de savoir comment il faut vivre sa vie : tous les autres questionnements de la philosophie sont de peu d’importance à ses yeux. Dans toutes les choses du monde, certaines sont en notre pouvoir exclusif, d’autres ne le sont pas.

Sont de notre pouvoir exclusif : nos opinions, nos mouvements, nos désirs, nos inclinaisons, nos aversions soit toutes nos actions. Puis le corps, les biens, la réputation, les dignités, soit ce qui n’appartiennent pas à nos actions et ne sont donc  pas en notre pouvoir exclusif : il les appelle les aprohairetiques. Epictète nous dit aussi que ‘ la prohairesis’ est la faculté qui nous fait différents de tous les êtres vivants, cette faculté nous permet de désirer et d’avoir de l’aversion, de ressentir un besoin impulsif ou de la répulsion, de dire oui ou non, selon nos jugements. Le jugement ‘dihairesis’ nous permet de respecter, dans n’importe quelle situation, la nature des choses. Il faut avoir, face à tout ce qui est aprohairetique, le courage de jouer et de vaincre. En effet, l’homme fait partie intégrante d’un système qui le dépasse. Il en déduit que si l’on a sauvegardé la liberté de notre prohairesis, même en cas d’échec d’un jour, l’homme a toujours gagné.

Le Manuel est un texte court est une sorte d’aide-mémoire pour celui qui s’est mis en chemin vers la sagesse. Les conseils d’Epictète s’efforcent de lui indiquer les conduites à tenir, les pièges à éviter et les signes qui indiquent que l’on a quitté la folie ordinaire pour la paix des sages.

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Voir mon blog : chantalflury2unblogfr.unblog.fr pour : Les écoles philosophiques et les stoïciens.

MARC AURELE.

MARC AURELE. dans -Hommes célèbres. MarcAurele

Statue équestre de Marc Aurèle- Au centre de la place du Capitole à Rome.

Marc Aurèle est né le 26 Avril 121 à Rome et est mort le 17 Mars 180 probablement à Vindobona lors d’une de ses campagnes sur le Danube, peut-être de la peste. Toute sa vie il cultiva la lecture et eut une grande rigueur morale. Il était le fils d’Annius Verus. Il fut élevé à l’endroit où il était né dans la maison de son aïeul Verus, près du palais de Latéran. Il a eu une plus jeune soeur nommée Annia Cornifia.

Il porta d’abord le nom de son bisaïeul Catilius Severus. Mais après la mort de son père, Hadrien le nomma Annius Verissimus. Et lorsqu’il prit la toge virile, il fut son père mort, élevé et adopté par son aïeul paternel, sous le nom de Marcus Annius Verus. Ce père décédé, l’empereur Hadrien (117-138 apr JC) le prit sous sa protection puis demanda à son fils adoptif Antonin, en 138, de l’adopter à son tour et il devient Marcus Aelius Aurelius Verus.

Il est associé au pouvoir impérial en 138, puis accède au plein exercice à la mort d’Antonin le 07 mars 161. Il associe alors son frère d’adoption Lucius Verus à l’Empire. Il accomplit une oeuvre législative importante. En janvier 169 Lucius Verus meurt épuisé et malade et laisse ainsi Marc Aurèle comme seul empereur.

En 145, il épousa sa cousine germaine, Annia Faustina (Faustine la Jeune), la fille d’Antonin.

Ses maîtres à penser furent pour la philosophie Apollonius de Chalcédoine, pour la littérature grecque Sextus de Chéronée, petit fils de Plutarque, pour les lettres latines et la rhétorique Fronton.

L’empereur Marc Aurèle, sur les bords du Danube, défendant l’Empire contre les barbares, écrivait le grec, sous sa tente pour rester un philosophe. Ce n’est pas un empereur qui s’intéresse à la philosophie, c’est un philosophe qui tient son rôle d’empereur et qui cherche en accomplissant ses fonctions, à ne pas se laisser disperser, égarer ou transformer par le commandement qu’il exerce.

Il est direct, lucide et généreux. Il observe la dureté du monde et sa beauté. Il nous a légué avec ses Pensées, qui lui sont destinées, un chef d’oeuvre destiné en réalité à tous.

L’empereur avait suffisamment intégré l’enseignement d’Epictète, de Sénèque et de Zénon pour prolonger la connaissance de la maîtrise des passions que formule l’enseignement du stoïcisme. Mais aussi il bénéficie de l’apport philosophique de Platon, Epicure, Démocrite, Héraclite. L’art de décider doit toujours s’articuler à cette interrogation : veux-tu le pouvoir pour le pouvoir ou l’exercice du pouvoir ? soit : ton ambition est-elle d’obtenir la puissance ou d’être capable à travers elle de réfléchir, dire et agir afin qu’un chemin vertueux soit tracé pour la cité ? Beaucoup d’hommes politiques d’aujourd’hui devraient y méditer.

Marc Aurèle souligne tout au long de ses écrits les plus hautes valeurs de l’être humain : Prudence, Justice, Courage et Tempérance qui depuis Platon sont les quatre vertus principales du Philosophe, celles qui assurent la cohérence et la force des actions de ce dernier. 

Marc Aurèle manifeste un sens très haut de sa responsabilité dans l’Etat et se critique sévèrement tout en s’interrogeant sans cesse sur la finalité de l’action politique. Je cite :  » Prend l’habitude de te demander à quelle fin se rapporte cette action, que désire l’homme qui veut agir ?  » De plus dans tous les cas, il insiste très longuement sur l’idée que la vision du Tout, de ses éternelles transformations, élève l’âme de l’homme.

Marc Aurèle rappelle l’importance de l’harmonie, la potentialité de joindre aux manifestations incertaines de l’existence individuelle et collective, un équilibre menant à une part relative de stabilité, nous laissant la possibilité de comprendre la nature et de réfléchir sur notre conduite.

Marc Aurèle développe le savoir. Il donne un traitement fixe aux rhéteurs et aux philosophes, assure le recrutement des maîtres, partage au Sénat avec les plus grands sénateurs «  un conseil de réflexion pour la cité « . Il crée également quatre chaires d’enseignements pour les grandes écoles philosophiques : l’Académie platonienne, le Lycée aristotélicien, le Jardin épicurien et le Portique stoïcien. Il fonde plusieurs établissements éducatifs pour cinq mille jeunes filles pauvres.

Marc Aurèle cherchera toujours à reconnaître au sein de la complexité des relations humaines et des formations même physiques ce que l’homme peut apporter en termes d’équilibre autant pour lui-même que pour le monde.  » (…) Tous les êtres sont coordonnés ensemble, tous concourent à l’harmonie du même monde. « 

Néanmoins un reproche, il persécute les Chrétiens qu’il juge comme une menace pour l’empire. De plus, il ne connaît que quatre ans de paix sur vingt cinq et sera obligé sans cesse de guerroyer pour défendre son empire.

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SENEQUE.

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Portrait de Sénèque par Rubens.

Sénèque est né dans l’actuelle Cordoue au sud de l’Espagne d’aujourd’hui en Bétique (actuelle Andalousie en Espagne) vers 4 av JC et est mort le 12 Avril 65 ap JC. A 20 ans, il tombe gravement malade et est envoyé en Egypte pour se rétablir. De retour à Rome en 31, il commence le cursus honorum. C’est un philosophe de l’école stoïcienne, un dramaturge et un homme d’Etat romain. Il est Conseiller à la cour impériale sous Caligula et précepteur de Néron. Il joue un rôle important, compose bon nombre de discours, auprès de ce dernier jusqu’à ce qu’il soit discrédité. Son immense fortune a nui à Sénèque. On lui reprochait de vouloir s’attirer la faveur des citoyens, la beauté de ses jardins et la magnificence de ses villas surpassant celle du Prince. Sénèque propose de restituer sa charge ‘d’ami du Prince’ et de restituer également sa fortune. Néron refuse. Il se retire de la vie publique, haït par Néron.

En 65 de notre ère, Néron donne l’ordre de se suicider au penseur Sénèque qui l’avait éduqué. Sénèque dès qu’il en est informé quitte la table et part se donner la mort qui ne viendra que de longues heures plus tard. Il s’ouvre les veines des bras, puis se fait sectionner celles des jambes la mort tardant et enfin prend un poison mortel.

Sénèque est le représentant le plus complet de la doctrine stoïcienne mais il n’est pas un interprète simple. Cette mise en pratique du stoïcisme ne signifie pas que le philosophe désire la mort mais qu’il ne la craint pas. C’est déjà ce qu’enseigne le traité intitulé la Vie heureuse (De Vita beata) où l’on ne découvre pas seulement l’habituelle doctrine stoïcienne qui fait de la vertu, la seule source de bonheur, mais aussi un éloge de l’itinéraire solitaire.

 » Une preuve du pire c’est la foule « , écrit Sénèque. L’existence capable de garantir le bonheur est d’abord un chemin à l’écart des opinions communes et des erreurs les plus répandues. Le philosophe n’a pas peur d’être seul contre tous. Ce sera même un signe de véracité. Je cite :  » Nous périssons par l’exemple des autres. »

Cela ne signifie pas que la vie doive être mortification. Même les avantages matériels sans être indispensables, ne sont pas à refuser. Je cite :  » Renonce donc à interdire l’argent aux philosophes : personne n’a condamné la sagesse à la pauvreté.  » Il y a là une distinction plus subtile qu’il n’y paraît : la richesse n’a pas à être recherchée, seule compte la volonté libre, mais elle n’est pas interdite, si l’on sait vivre sans s’y attacher.

De la même manière, le fait même de vivre ne doit pas être un objet d’attachement. C’est ce qu’enseigne le texte la Brièveté de la vie (De brevitate vitae). Il ne s’agit nullement de mépriser notre être, ni de faire croire que le plus tôt nous mourrons sera le mieux. Il s’agit, au contraire, de se rendre compte que nous n’avons rien de plus précieux que le temps limité de notre existence mais que, si nous comprenons comment y être pleinement, il n’importe pas que ce temps soit plus ou moins long.

Ni l’attachement, ni le dégoût, telle pourrait être la leçon, que l’on retrouve dans les Lettres à Licilius. Sénèque y invente un genre nouveau, inconnu avant lui dans la littérature latine : la correspondance pédagogique. De lettre en lettre, il explique, à partir de faits vécus et de situations quotidiennes, non seulement les principes du stoïcisme mais leur application concrète. Pour comprendre ce que sont les exercices de transformation du soi, il n’existe pas d’oeuvre plus simple ni plus forte.

Il condamne les pratiques superstitieuses, car elles substituent à l’amour la crainte et au lieu d’être un culte et elles sont donc un outrage. Mais Sénèque s’occupe peu du polythéisme officiel. En parlant de la puissance divine, il emploie aussi bien le mot de Dieu que les Dieux. Pour lui cependant, il n’y a qu’un seul dieu qui se présente sous une foule d’aspects différents. Je cite :  » qu’est-ce que Dieu? L’âme de l’univers. Il échappe aux yeux, c’est la pensée seule qui peut l’atteindre. »  » Le premier culte à leur rendre, c’est de croire en leur existence, puis de reconnaître leur majesté, leur bonté (…).  »  » Le sage ne diffère de Dieu que par la durée. « 

Sénèque, fidèle à la doctrine stoïcienne, place au premier rang les passions. Le sage ne doit ressentir ni la joie, ni le désir, ni la crainte. Sénèque ne veut pas de ces dangereux auxiliaires. Il remplace ces mouvements excessifs par la sérénité, la volonté, la circonspection, la juste mesure. De plus, la colère peut produire la valeur, la crainte peut former la prudence.

Ses tragédies sont un des meilleurs exemples du théâtre tragique latin, avec des oeuvres qui nourriront le théâtre classique français du XVIIème siècle comme Médée, Oedipe ou Phèdre.

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DENIS DIDEROT.

Diderot par Louis-Michel van Loo, 1767.

Diderot par Louis-Michel van Loo-1767.

LA VIE DE DIDEROT OU l’ENCHANTEUR DES LUMIERES. 

Denis Diderot est un écrivain, philosophe et encyclopédiste français. Il est né le 05 octobre 1713 à Langres et est mort le 31 juillet 1784 à son domicile à Paris. Il est inhumé à l’église de Saint-Roch dans la chapelle de la Vierge le 01 août 1784. Mais, à la révolution, les tombes de l’église Saint-Roch sont profanées et les corps mis à la fosse commune. La sépulture et la dépouille de Diderot ont donc disparus.

De 1723 à 1728, il suit les cours du collège jésuite proche de son domicile. A 12 ans, il envisage la prêtrise et le 22 août 1726, il reçoit la tonsure de l’évêque de Langres.

En 1728, il part étudier à Paris car il n’est pas intéressé par l’entreprise familiale et la carrière ecclésiastique choisie pour lui par son père. De 1728 à 1732, il suit des cours au collège d’Harcourt puis de théologie à la Sorbonne. Il reçoit le 06 août 1735, une attestation de l’université de Paris qui confirme qu’il a étudié avec succès la philosophie pendant 2 ans et la théologie pendant 3 ans.

Pendant 1737-1740, Diderot donne des cours, compose des sermons, est clerc auprès d’un procureur. Il fréquente les théâtres, apprend l’anglais. Ses premiers écrits interviennent à partir de 1743.

Le 06 novembre 1743, il se marie malgré un refus de son père avec Anne-Antoinette Champion (1710-1796). Mais Diderot est infidèle dès 1745. Néanmoins il a eu de ce mariage 4 enfants dont seule la cadette Marie-Angélique (1743-1824) atteint l’âge adulte.

En 1759 son père, coutelier à Langres, meurt et il retourne à Langres pour règler la succession. Il y écrira des textes importants dont l’Entretien d’un père à ses enfants.

Il est mal connu de ses contemporains, il est loin des polémiques de son temps et des conventions sociales. Il est mal reçu par la révolution et devra attendre la fin du XIXème siècle pour connaître l’intérêt et la reconnaissance de la postérité.

Mais Diderot sait conduire le lecteur où il le veut pour le désorienter, le laisser enthousiasme et troublé à la fois. Il est très doué pour les mises en scène et les dramaturgies. Il vit au siècle des Lumières et de la montée des libertés. Avec Diderot, les idées s’animent, s’incarnent, se toisent et se répondent. Il s’aventure dans des récits qui se transforment en images et il présente des dialogues inattendus. Il nous enchante par son style ou plutôt par plusieurs styles : Romans, nouvelles, théâtre, critique, pamphlets, essais, lettres, poèmes…

Il est libertin dans Les Bijoux indiscrets (des sexes féminins doués de la parole…), un peu provocateur dans La Religieuse (où les règles monastiques et les désirs du corps sont en conflit), virtuose dans Le Neveu de Rameau (personnage hors-norme), moderne dans Jacques le fataliste et son maître.

Après le mariage de sa fille, du 11 juin 1773 au 21 octobre 1774 Diderot entreprend un long voyage à Saint-Petersbourg marqué par des entretiens avec Catherine II. Diderot était invité depuis 11 ans auprès d’elle. Toutefois l’écriture de l’Encyclopédie et son caractère casanier lui avaient fait reporter ce voyage considéré comme pénible à l’époque.

L’ENCYCLOPEDIE. 

Le projet de l’Encyclopédie, au départ ne devait être qu’une traduction et adaptation de la Cyclopedia de Chambers. A la place, il va imposer, promouvoir et soutenir une entreprise différente. Ce sera une aventure éditoriale, une lutte contre les dogmatismes et pour la liberté de pensée, un outil d’éducation intellectuelle et scientifique. Pour l’écrire il rassemble de grandes plumes, des savants, des techniciens, des ingénieurs et des artisans.

L’année 1747 marque le début des pleines responsabilités de Diderot dans ce vaste projet éditorial de l’Encyclopédie. Le Prospectus parait en 1750 et le 1er volume l’année suivante. Il consacre vingt ans de sa vie à ce projet qui s’achève en juillet 1765.

Dans cet ouvrage, il rassemble à l’usage du public les connaissances humaines dans tous les domaines. Ce qui l’amène à montrer toute l’ingéniosité humaine. Elle regroupe ce que des générations d’artisans et de scientifiques ont su concevoir et réaliser pour améliorer la puissance d’agir de l’humanité.

Elle enseigne également beaucoup de choses sur l’homme qui l’a dirigée et défendue. Diderot s’y consacra rédigea près de milles articles. Cette circulation des connaissances était nouvelle. L’accroissement des connaissances au siècle des Lumières s’accompagnait d’une émancipation politique et l’humanité devenait moralement meilleure.

UN PENSEUR POPULAIRE. 

Diderot est un penseur populaire tout d’abord par ses origines familiales qui le rattache aux artisans. Son père est coutelier à Langres. Même lorsqu’il fréquente les princes et qu’il devient l’un des conseillers de Catherine II de Russie, Diderot reste proche du peuple. De plus, il a fait toutes sortes de métiers pour subvenir à ses besoins : traducteur, correcteur, précepteur… Et il a souffert de difficultés d’argent avant que l’impératrice de Russie lui achète sa bibliothèque, en viager, pour permettre au philosophe d’en garder l’usage jusqu’à sa mort. Catherine II le nomme bibliothécaire et lui verse une pension confortable le rétribuant pour cette fonction. Il peut aussi doter correctement sa fille et se mettre à l’abri des problèmes financiers.

Diderot se rappelle des trois mois où il a été incarcéré à Vincennes pour avoir publié, en 1749, la Lettre sur les aveugles à l’usage de ceux qui voient. Ayant pris peur, il se méfia ensuite de ne publier que les oeuvres qui ne lui vaudrait pas d’emprisonnement. Même si l’Encyclopédie fut interdite (en 1752) puis bloquée (le privilège est suspendu en 1759), il ne risqua jamais par elle la prison ou la mort.

Par contre, les proclamations d’athéisme, la critique ouverte du christianisme, le refus de la monarchie auraient pu l’entraîner dans de graves ennuis. Néanmoins Diderot athée, matérialiste, opposé aux privilèges de l’aristocratie comme à l’absolutisme royal préféra ne rien publier de son vivant des ouvrages qui véhiculaient ces idées. Une grande partie de ses oeuvres étaient destinées à n’être publiées qu’après sa mort et reversées ainsi à la postérité. Certaines ne l’ont été qu’au XIXème siècle, et d’autres seulement au XXème siècle. Et c’est alors que l’on a vu l’ampleur et la diversité de sa pensée.

Ce que désirait Diderot c’est que la philosophie puisse être à la portée du plus grand nombre. On le constate par son style, son travail éditorial et dans ses oeuvres. Ce projet d’édifier une philosophie populaire émerge d’ailleurs tout au long du XVIIIème siècle, surtout en Allemagne.

La popularisation de la philosophie est en relation directe avec la question de l’enchantement. Sans une part de spectacle, sans une apparence de conte, de quelques folies, il est difficile de rendre la pensée ludique et attirante. C’est pourquoi Diderot se fait enchanteur et non professeur.

L’HYPOYHESE LA PLUS FOLLE. 

La première fois qu’on lit que les pierres sentent ou qu’il n’y a pas de différence majeure entre l’homme et la statue, on trouve Diderot extravagant. Néanmoins il a présenté cette idée comme pure hypothèse, une théorie énoncée en rêve. Il y a là toutefois une aventure théorique qui a sa justification rationnelle.

Dans le matérialisme dont Diderot se réclame, se situe un point faible. Si tout est corps, si seuls des assemblages de molécules expliquent la vie, la sensibilité, la pensée, la conscience, la volonté, on ne saisit pas comment ces phénomènes peuvent se produire à partir de la matière inerte : comment une molécule dépourvue de sensibilité deviendrait-elle capable de sentir en étant seulement située à un autre emplacement ?

Il en découle pour Diderot que si la sensibilité ne peut venir du dehors aux molécules, il faut supposer qu’elle est déjà présente au sein de chacune d’elle ! Ce qui en découle qu’à leur manière, les pierres pensent, tout comme les plantes désirent. Les qualités qui se développent chez les êtres organisés, comme chez les mammifères et les êtres humains existent partout, mais à l’état latent, inhibé, immobile. Il appartient à la vie complexe de rendre mobiles et vives ces forces liées.

Cela consiste à pourvoir toute la nature de vie et de sensibilité. Elles ne peuvent pas venir du dehors, ni surgir d’un coup. Je cite, ce qu’écrit Diderot en 1759, dix ans avant de rédiger Le Rêve de d’Alembert (réd 1769, ed 1830) :  » Un corps s’accroît ou diminue, se meut ou se repose; mais s’il ne vit pas par lui-même, croyez-vous qu’un changement quel qu’il soit puisse lui donner la vie ? (…) Cela se peut. Le sentiment et la vie sont éternels. «  L’élaboration de sa pensée prend la même direction à partir de ce dîner de 1759 chez le baron d’Holbach dont il parle ainsi :  » Le reste de la soirée s’est passé à me plaisanter sur mon paradoxe. On m’offrait de belles poires qui vivaient, des raisins qui pensaient. »

Dans l’article  » Naître » de l’Encyclopédie, Diderot écrit :  » La vie est une qualité primitive et essentielle dans l’être vivant; il ne l’acquiert point, il ne la perd point.  » Puis en 1765, il affirme :  » Selon moi, la sensibilité est une propriété universelle de la matière.  » Et cette formule qui est dite au début du Rêve de d’Alembert (réd 1769, ed 1830):  » Il faut que la pierre sente. »

C’est pourquoi, philosophiquement, Diderot est enchanteur : il réanime le monde, lui rend une sensibilité que l’on croyait effacée par la science. Face au désenchantement du monde, au vu du déclin des croyances religieuses, il répond par une animation universelle de toutes les molécules, une vie bien présente.

UN MAITRE A VIVRE. 

La difficulté vient du fait que si nous sommes que des amas de molécules inertes, on ne sait sur quoi fonder la dignité humaine, la nécessité de la respecter. D’où provient la règle qui conduit la relation entre deux êtres humains. S’ils ne sont que deux brouillards de particules? Que deviennent les normes esthétiques? Sur quoi se fonde la beauté quand tout est seulement agencement de matière?

Le matérialisme semble supprimer dans leur principe l’éthique et esthétique. Mais Diderot parvient à dissiper cette impression. Il fait découler la morale de la nature, la piété filiale des relations familiales, les vertus de la sensibilité inhérente à la matière. L’émotion esthétique est aussi un effet de la nature, renforcé par le spectacle de la vertu.

Les Eléments de Physiologie est un livre athée, intégralement matérialiste et il se termine par cette triple recommandation :  » Il n’y a qu’une vertu la justice; qu’un devoir, de se rendre heureux; qu’un corollaire, de ne pas se surfaire la vie, et de ne pas craindre la mort. » Cet enchanteur est aussi un maître à vivre. Il enseigne que le corps est habité de sentiments, la matière traversée d’émotions, la pensée composée aussi de passion.

 

Après la mort de Diderot, le 31 juillet 1784, sa bibliothèque et ses archives sont envoyées à Saint-Petersbourg où elles n’ont pas reçu, contrairement à celles de Voltaire, assez d’attention. La perte, la disparition et l’absence d’inventaire nuiront à la connaissance et à la bonne réception de l’ensemble de l’oeuvre de Diderot.

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Bibliographie écrite et publiée par Claire le 01 Mars 2010. Que de plus impressionnant pour Claire que le monde enchanteur de Denis Diderot.image74

BARUCH SPINOZA.

Portrait de 1665 tiré de la Herzog-August-Bibliothek

Potrait de Spinoza-1665-tiré de Herzog-August-Bibliothek.

LA VIE DE SPINOZA. 

Spinoza est également connu sous le nom de Bento de Espinoza ou Bénédictus de Spinoza. Il naît le 24 novembre 1632 . Il est mort à la Haye le 21 Février 1677. C’est un philosophe Néerlandais dont la pensée fut influente sur ses contemporains et sur de nombreux penseurs postérieurs. Il vit dans une communauté juive d’Amsterdam, dans une famille venue du Portugal à la fin du XVIème siècle. Cette famille s’est fixée à Amsterdam comme beaucoup de marchands juifs. Cette ville respecte les croyances et les libertés de chacun. Cette communauté juive d’Amsterdam devient rapidement une des plus actives d’Europe. Le père de Spinoza est un commerçant estimé et riche. Spinoza  fréquente le Talmud Torah (école juive élémentaire) de sa communauté.

Spinoza acquiert une grande maîtrise de l’hébreu et de la culture rabbinique. Il est rapide pour lire l’hébreu, il comprend vite les questions du Talmud. Il en propose des commentaires et interprétations très pertinentes. Les rabbins crurent en lui et se mettent en colère lorsqu’il les déçoit.

L’oeuvre de Spinoza a été admirée et en même temps scrutée et ignorée. Lui même était vénéré comme un sage ou bien poursuivi comme un démon menaçant l’ordre établi ou même la pensée. On le prétend aussi bien athée que mystique. Il critique les religions et leurs clergés mais médite l’idée de dieu. En politique, il est aussi bien rebelle que conservateur.

A la mort de son père en 1654, il reprend l’entreprise familiale avec son frère.

Juif de naissance et d’éducation, il fut chassé de la communauté en 1656 à presque vingt quatre ans. Spinoza vit pauvrement, ne publie pratiquement pas mais sa réputation croît dans toute l’Europe. Il polit des lentilles pour lunettes astronomiques et télescopes pour gagner sa vie et par ailleurs il est connu de tous les princes de son temps. Louis XIV veut se faire dédier aussi un livre du philosophe et des chaires de philosophie lui sont proposées. Le jour de son enterrement alors qu’il ne possédait que quelques habits, ses livres et un lit, six carrosses le suivent. Ce cortège était anonyme car la fréquentation de Spinoza était jugée comme dangereuse.

Ses écrits publiés par des admirateurs peu après sa mort seront brûlés l’année suivante. Pendant sa vie Spinoza affirme l’inexistence de toute volonté libre en l’homme et même en dieu. La philosophie conduit le sage à une contemplation d’une forme d’éternité et d’infini dans les choses singulières.

UNE VIE POUR CONSTRUIRE SON OEUVRE. 

Vers 1660-1661, Spinoza s’installe à Rijnsburg, centre intellectuel des collègiants. C’est là qu’il reçoit la visite d’Henry Oldenburg secrétaire de la Royal Sociéty avec lequel il échange une longue et riche correspondance.

En 1663, il quitte Rijnsburg pour Voorburg et commence à enseigner à un élève Caséarius, la doctrine de Descartes. De ces cours, il tire les Principes de la philosophie de Descartes dont la publication en 1663 donne lieu à une correspondance centrée sur le problème du mal avec Willem van Blijenberg, un marchand calviniste.

Il interrompt l’écriture de l’Ethique pour rédiger le Traité théologico-politique dans lequel il défend la liberté de philosopher et conteste l’accusation d’athéisme qui le concerne. L’ouvrage paraît en 1670 sous couvert d’anonymat et avec un faux lieu d’édition. Il soulève de nombreuses polémiques. Les autorités religieuses condamnent unanimement l’ouvrage.

En 1675, il tente de publier l’Ethique. La fin ultime de la philosophie c’est la constitution d’une authentique éthique du bonheur et de la liberté. Il commence à rédiger le Traité politique. Il meurt deux ans plus tard le 21 Février 1677.

La vie de Spinoza pourrait par son apparence être jugée comme discrète car elle incarne le retrait du sage, l’effacement du philosophe derrière son oeuvre. En réalité, dans sa maîtrise de l’existence, la constitution d’une éthique est le projet majeur de sa vie. De plus, il n’a jamais cessé d’être au sein d’un réseau d’amis et de correspondants.

Cette volonté de s’ancrer dans le monde a conduit précocement Spinoza à prendre ses distances envers la religion et envers la loi juive. On ignore cependant les doctrines qu’il professait et qui l’ont fait exclure du milieu juif. Un rituel, à vingt trois ans nommé herem le chasse :  » Vous ne devez avoir avec Spinoza aucune relation écrite ni verbale. Qu’il ne lui soit rendu aucun service et que personne ne l’approche à moins de quatre coudées. Que personne ne demeure sous le même toit que lui et que personne ne lise aucun de ses écrits. » Cette exclusion peut-être temporaire mais dans son cas, elle ne fut jamais levée.

Spinoza ne peut donc plus travailler au sein de la communauté juive et également en tant que juif, trouver du travail chez les chrétiens. Il a dû alors connaître une situation très difficile. Après avoir été hébergé par quelques communautés de chrétiens contestataires de la seconde Réforme, proches des libres penseurs, il s’est orienté vers un travail manuel. En assurant sa subsistance, il appliquait ses connaissances scientifiques et correspondait avec les plus grands savants de son temps.

Spinoza dans son travail est devenu un artisan estimé des scientifiques de son temps. Mais il poursuit aussi la construction d’une pensée philosophique capable de saisir la totalité du monde, de l’existence et des actions humaines.

Il aurait porté longtemps le manteau troué d’un coup de couteau qui provenait d’une tentative d’assassinat à laquelle il avait échappé avant d’être excommunié.

Ses oeuvres sont :

Court traité de Dieu de l’homme et de la Béatitude( vers 1660 découvert en 1852),

Le traité de la réforme de l’entendement (1661, publié en 1677),

Traité Théologico-Politique (1670),

Principes de la philosophie de Descartes (1663),

Ethique (publié en 1677),

Le Traité politique (1677),

Abrégé de grammaire hébraïque (publié en 1677),

Lettres (75 publiées en 1677, 88 découvertes à ce jour).

DIEU C’EST A DIRE LA NATURE. 

Sa définition est surprenante et fondamentale pour la philosophie :  » Deus sive Natura.  » (Dieu c’est à dire la Nature). Dieu se trouve synonyme de la nature, la nature équivaut à dieu. Les deux noms renvoient à la même réalité. Dieu et nature sont deux dénominations d’une même substance. Ces appellations ne désignent pas des réalités distinctes, ni séparées.

Spinoza rompt avec la conception traditionnelle de la séparation de dieu et du monde. Il refuse l’idée d’un dieu dépourvu de toute matérialité. Voilà qui est révolutionnaire. Dans un premier cas, on peut la considérer comme une proclamation d’athéisme. Dieu dissout dans la nature est supprimé. Alors seul l’univers matériel existe.

Dans un deuxième cas, on peut comprendre qu’il y a divination du monde, non par transformation de dieu en matière mais transmutation de la réalité physique en substance divine. C’est en comprenant que Dieu et nature ne font qu’un qu’il devient possible en élucidant les mécanismes naturels, de saisir leur nécessité. La perfection divine est présente dans les moindres réalités. Cette perfection n’est pas le résultat d’une décision quelconque d’un plan divin librement créé par la volonté de Dieu.

Aucun choix n’est opéré par Dieu-la Nature (deuxième point à considérer…). Car la volonté libre ne se rencontre nulle part dans le monde, ni dans la nature, ni en Dieu, ni en l’homme. Les hommes se croient libres. Ils croient prendre des décisions, de constituer ainsi le cours de leur propre existence. Ils imaginent que cette faculté de choix les différencie radicalement des choses et des vivants sans liberté de choix, plantes ou animaux guidés par leur instinct. Ce qui les entraîne à attribuer à Dieu une volonté et une liberté qui lui ferait prendre aussi telle ou telle décision. Dieu aurait le choix de dire oui ou non. Cela n’existe pas aux yeux de Spinoza. Ce ne sont que des constructions imaginaires engendrées par notre ignorance.

Dieu-la Nature obéit à des enchaînements de causes à conséquences qui sont tous régis par une absolue nécessité. Et les hommes sont régis aussi par ce déterminisme absolu. Il n’est pas en leur pouvoir de décider librement. S’ils le croient, c’est qu’ils ignorent les causes réelles qui les font agir. Je me crois libre à la mesure de l’ignorance où je suis de ce qui me détermine.

Dieu est soumis à la nécessité interne de son essence. Le propre de Dieu-la Nature c’est de n’être soumis à aucune nécessité extérieure. Rien ne pèse sur la nature, rien ne cause en elle des effets dont elle n’est pas elle-même la cause. Si par exemple Dieu-la Nature était un carré, ses propriétés découleraient de sa forme sans la moindre intervention extérieure, sans la moindre volonté capable de la changer. Les propriétés du monde découlent de l’essence de Dieu, sans que dieu en décide, sans qu’il en choisisse le moindre élément. Nos décisions découlent aussi des causes qui nous déterminent mais ces causes ont cette différence c’est qu’elles sont extérieures à nous.

Une telle représentation paraît exclure toute morale du champ de l’existence (3ème point à considérer). C’est ici que Spinoza fit scandale. Il explique en effet que Bien et Mal ne correspondent à rien, qu’il s’agit de représentations vides. Les hommes construisent ces illusions en fonction de l’agrément ou du désagrément qu’ils trouvent aux situations qui se présentent. On pensa qu’une telle affirmation ruinait tout ordre social, toute possibilité de rétribution des mérites ou de punition des méfaits. Mais c’est faux.

JUSTICE, DESIR, BEATITUDE. 

Spinoza doit, à travers sa pensée, sauver ordre et justice tout en ruinant les fondements de la morale. Contre la conception, qu’il juge illusoire et mystificatrice, d’une morale fondée sur le choix libre, opéré par une volonté souveraine, entre les réalités opposées que seraient le Bien et le Mal, Spinoza instaure une éthique. Elle repose sur la connaissance de la réalité. Elle ne consiste pas à se former sur des valeurs abstraites, mais à se comporter selon les conséquences tirées de la connaissance des causes qui agissent en nous.

Si celui qui tue ou saccage n’est pas libre au nom de quoi va-t-on le punir ? Le blâme et le châtiment ne supposent-ils pas, comme l’éloge et la récompense des humains qui soient responsables de ce qu’ils font ?  Il ne viendrait à l’idée de personne de blâmer un nuage, de vouloir le réprimander parce qu’il envoie des grêlons sur les récoltes! Mais on se protège de l’orage aussi efficacement que possible. De ce point de vue, l’appareil judiciaire et le Code pénal gardent leur sens et leur fonction même en l’absence de toute responsabilité. Ils servent à protéger la paix publique des méfaits des criminels, de leurs désirs nuisibles pour les autres.

C’est le désir qui se trouve au coeur de la pensée de Spinoza. Quatrième point essentiel : sa philosophie montre la plénitude du désir affirmation et non manque. Depuis Platon, le désir était pensé comme privation, ce qui fait défaut. Spinoza affirme l’inverse. Il soutient la positivité du désir, il en fait la source de nos jugements et de nos conduites. Par exemple selon lui un homme trouve une femme belle parce qu’il la désire. Il ne faut plus croire qu’on la désire parce qu’elle est belle.

Spinoza retire aux hommes l’illusion et montre cette réalité dont ils ignorent l’existence. Se croyant libres, ils sont déterminés par l’enchaînement des causes naturelles émanant de leur corps et de leur esprit.

Spinoza voit dans la joie, un accroissement de notre puissance d’agir, une expansion de notre être qui s’oppose à la diminution, la restriction de l’existence que la tristesse comporte et entraîne. Sa pensée relie en profondeur le fait de connaître la nature et donc le point de vue de Dieu et le fait de parvenir à la joie. Ce lien profond correspond à ce que la connaissance vraie provoque dans l’individu.

Mourir en connaissant les causes du mal dont on est victime n’est pas tout à fait identique au fait de mourir en pensant que l’on a été puni par la volonté de Dieu pour de mauvaises actions. Je cite :  » Connaître vraiment, c’est connaître par les causes (…) « 

Ainsi la pensée de Spinoza  peut-elle être considérée comme union des contraires. Dieu et la raison se révèlent identique. Et plus encore, Dieu, la nature et la raison deviennent une seule et même réalité. Le savoir ne s’oppose pas au salut mais y conduit. De même, la nécessité la plus absolue se conjugue avec la possibilité d’une libération et d’une sérénité qui n’ont rien à voir avec la caprice ou le refus de vivre. Cette compréhension de la réalité conduit à une transformation radicale du regard.

Selon Spinoza, la béatitude, l’état dans lequel vit le sage, n’est pas une extase, un abandon de la raison. La plénitude ultime du savoir mène à la vie bienheureuse comme nécessaire et comme incluse, malgré son caractère éphémère, dans l’éternité de Dieu-la Nature. Je cite :  » Nous ressentons et nous expérimentons que nous sommes éternels. » Cette éternité est celle que nous ressentons quand notre raison parvient à des vérités qui ne sont pas soumises au temps, telles les vérités de la géométrie.

Spinoza semble retrouver ici le sens grec de sophos, qui désigne en même temps celui qui est savant et celui qui est sage. Pour les Grecs être savant et être sage n’était qu’une seule et même chose. Spinoza pense de la même façon.  » Comment vivre ?  » La réponse à cette question ne tient pas seulement dans l’énoncé de règles sur la manière de vivre, elle inclut une compréhension de la substance du monde, de la nature de l’âme, du mécanisme des passions et de la sérénité propre à la connaissance.

Claire.background-2008_039.jpg

Bibliographie écrite et publiée par Claire le 18 Février 2010. Claire a été attirée par l’oeuvre de Spinoza qui occupe une place à part dans l’histoire de la pensée. Peu d’oeuvres auront été aussi aimées et haïes que la sienne.image74

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