LA CRUCIFIXION DE MATHIAS GRUNEWALD.

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La crucifixion de Matthias Grunewald. Partie du Retable d’Issenheim-Musée d’Unterlinden à Colmar-Peint vers 1512-1516.

Matthias Grunewald aurait en réalité le nom de Mathis Gothart Nithart, serait né probablement à Wurtzbourg en bavière vers 1475-1480 et mort à Halle en Saxe-Anhalt en 1528. Bien qu’étant l’un des plus grands Peintres allemands, il reste mal connu, son nom, sa date et son lieu de naissance ne sont pas sus avec précision. Ce Peintre est aussi un ingénieur hydraulique de la Renaissance. Il signe avec des initiales qui différent d’une aeuvre à l’autre. Le rétable d’Issenheim est son chef d’oeuvre.

La partie sculptée du retable d’Issenheim est de la main de Nicolas de Hagueneau et date de 1480.

La compréhension de l’art religieux de cette époque passe par l’art des représentations du Christ, de Marie qui sont poussées à l’extrème chez cet artiste par l’expression des personnages, leur réalité (naturalisme), l’art des drappés merveilleusement peints. Le Peintre marque par des traits noirs, les contours et les formes. Il accentue les ombres. Il exploite une grande variété de couleurs.

Ce tableau a été peint pour le couvent-hôpital des Moines Antonins d’Issenheim. Guy Guers, précepteur de la commanderie des Moines Antonins d’Issenheim, l’a commandé. Je précise qu’ Issenheim se situe à quelques kilomètres de Colmar. L’ordre des Antonins a alors pour vocation de soigner les malades atteint du ” Feu sacré ” maladie avec des hallucinations entraînant la mort, provoquée par l’ergot de seigle. Cet ordre a été crée vers 1300. Cette communauté est dévouée à Saint-Antoine et a acquis au fil des années une grande richesse qui lui permet de faire réaliser des oeuvres religieuses comme ce fameux rétable destiné au coeur de l’église des Antonins.

Cette oeuvre est religieuse. Elle est centrée sur la figure du Christ mort. Il est surdimentionné. Elle fait apparaître le corps torturé de Jésus avec une couronne d’épines, un morceau d’étoffe servant à cacher sa nudité. Son corps occupe le centre de la scène.  La croix plie sous son poids. Il est torturé, douloureux et agonisant. Son visage est déformé par la souffrance, sa bouche ouverte. Il est décharné. Il est fixé à la croix par de gros clous. Il est criblé de plaies et de piques. Son corps griffé et scarifié laisse penser à la maladie soignée chez les Antonins… Des filets de sang coulent. Jésus apparaît de façon laïque comme un homme.

Le corps de Jésus  a perdu toute la sensualité qui apparaissait dans les corps masculins dans les Peintures comme en Italie. Il ne subsiste plus ici que le corps périssable.

Il y a un contraste entre le corps torturé de Jésus et la vigueur du personnage qui se tient à sa gauche qui est dans la force de l’âge, Saint Jean-Baptiste . Ce dernier montre du doigt l’homme en croix et un écrit. Il semble indiquer un chemin ou un savoir… C’est le seul personnage porteur de vie.

Puis on trouve des symboles. A ses pieds se trouve un agneau qui porte sa croix et un calice. Peut être l’agneau de dieu et le sang du Christ dans la communion qui s’est transformé en vin. Ne dit on pas aussi que les fidèles sont des agneaux de dieux ? Donc ici l’homme, pêcheur est là et le Christ lui donne sa vie pour le sauver de ses pêchés. Il tient dans sa main un livre qui marque peut-être la connaissance pour suivre sa route… et savoir des générations plus tard que Jésus est mort sur la croix pour sauver les hommes : donc ici le savoir, la connaissance.

Et les autres personnages : les mains de Marie Madeleine sont suppliantes et la vierge a une paleur cadavérique. Elle est soutenue par Saint-Jean. Ils pleurent tous deux, sans retenue. La vierge contraste par la blancheur de ses vêtements avec les autres personnages.

Au pied de Marie Madeleine, on retrouve un autre symbole. Un récipient peut-être celui qui sert à mettre les osties, qui représente dans la communion le corps du christ.

Le Peintre a utilisé un fond sombre dans cette partie de l’oeuvre. Il y a une concentration sur la gestuelle des personnages. Le visiteur observe un tableau très réaliste. Les traits sont expressifs et il y a une richesse dans les couleurs. Il y a beaucoup d’émotion qui passe.

Ce rétable se compose et publié ce jour sur ce blog. d’un ensemble de panneaux montés sur des ensembles de volets pliants. Sur l’un se trouve donc la crucifixion. Sur les autres panneaux, non étudiés ici, se trouvent la scène de la Résurrection, l’Annonciation, le Concert des Anges, la Tentation de Saint-Antoine et la visite de Saint-Antoine à Saint-Paul. Dans l’horreur de la violence ressort l’illumination mystique, la beauté et la pureté.

Les malades étaient amenés devant le rétable et en voyant la terrible scène de la crucifixion, ils ne manquaient pas de s’identifier au corps meurtri de Jésus, eux dont le corps souffrait aussi à cause de la maladie et qui va bientôt disparaître. Certains malades auraient bénéficiés de miracle en s’identifiant à ce corps torturé.

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Ecrit par Claire le 07 Décembre 2009 et publié le 13 Mai 2010 sur ce blog.image74  


Archives pour la catégorie -Analyse de Peintures.

LES AMBASSADEURS.

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Hans Holbein-Les Ambassadeurs, 1533- Huile sur toile, National Gallery de Londres.

La particularité de ce tableau m’a donné la grande envie de vous faire partager mon analyse et mes recherches….Regardez au premier plan l’anamorphose d’un crâne humain !…

Hans Holbein, dit le jeune est le fils du Peintre Hans Holbein, l’ancien(vers 1465-1524). Il est né à Augsbourg en 1497 et est décédé à Londres de la peste le 29 Novembre 1543.

En 1515, il se fixe à Bâle et travaille pour la haute bourgeoisie commerçante.

En 1536, il est nommé Peintre-Valet de chambre d’Henri VIII. Il devient alors le Portraitiste officiel de la Cour d’Angleterre.

Le tableau les Ambassadeurs s’appelle en réalité Jean de Dinteville et Georges de Selves. C’est un chef d’oeuvre de la peinture. Il imortalise la prise de fonction d’un ambassadeur français nommé à la cour d’Angleterre. A cette occasion, son ami lui fait une visite.

Deux sujets occupent la scène et des objets étranges occupent le premier plan. Cette oeuvre foisonne de symboles. Au premier plan, il comporte un objet étrange que l’on nommait os de seiche  qui est en fait l’anamorphose d’un crâne humain.

La scène est très solennelle. Le tableau est sublime par ses résonances historiques, par sa richesse symbolique et par son plastique.

Les deux personnages du tableau.

Le tableau représente deux hommes. Ils sont accoudés à un meuble comportant deux étagères sur lequel sont disposés plusieurs objets.

Jean de Dinteville ( 1504-1557) bailli de Troyes et seigneur de Polisy était ambassadeur de France auprès de la Cour d’Angleterre. Il est richement habillé d’un manteau de fourrure.

 Il porte dans sa main une dague d’or, un étui où son âge 29 ans est gravé.

 Il a un béret sur la tête avec une broche comportant la représentation d’un crâne. Il évoque la devise familiale des Dinteville ” Memento Mori ” c’est à dire “Souviens-toi de la mort”.

 Du noir de ses vêtements tranche le rouge de ses manches.

A son cou, il porte une chaîne dorée avec une médaille décorée d’un ange, preuve de son appartenance à l’ordre royal de Saint-Michel qui est un ordre de Chevalerie. Les membres de cet ordre se disaient Chevalier de l’ordre du Roi.

Georges de Selve (1506-12 Février 1541) est le fils de Jean de Selve, premier président du Parlement de Paris. Evêque de Lavaur (Tarn), il est aussi ambassadeur en Angleterre en 1533. Il est vêtu de noir et enveloppé d’un manteau de fourrure.

Il porte une paire de gants dans la main droite.

Sur sa tête, il a une coiffe.

Analyse du tableau.

Ce tableau est très riche de symboles.

Sur l’étagère supérieure :

On voit une sphère céleste, des objets de mesure du temps et un livre déposé sur un tapis rouge complexe aux motifs géomètriques.

La sphère céleste montre les constellations du Cygne et de la Lyre.

Elle comporte plusieurs cadrans solaires dont l’un est règlé sur la date du 11 ou 15 avril. Le 11 avril serait cette année là le Vendredi Saint.

Près du coude de Georges de Selve se trouve un Torquetum décrit pour la première fois par Ptolémée et toujours fabriqué à cette époque. Il sert à convertir et à prendre des mesures. Il permet de calculer la position des corps célestes ainsi que de fixer l’heure et la date du jour.

En position surélevée se trouve un instrument représentant le ciel avec la position des constellations : l’astrolabe qui servait aux navigateurs Grecs et Arabes pour se repérer et calculer l’heure du jour.

Sur l’étagère inférieure :

On voit un globe terrestre, deux livres, un luth et quatre flûtes réunies dans un étui.

- un livre d’arithmétique de Peter Apian Mathématicien et Astronome, en Allemagne,qui sert à apprendre le calcul et qui est destiné aux marchands. Il est maintenu ouvert par une équerre. Il montre l’émergence de la bourgeoisie et manifeste aussi que Georges de Selve descend d’une famille de marchands du Limousin qui a fait sa fortune au XVème siècle.

- un luth dont l’une des cordes est cassées. Cette corde cassée symbolise peut-être la finitude de l’existence.

- un livre d’hymnes luthériens de Johannes Walter ouvert sur 2 pages. La page de droite est la version abrégée des dix commandements de Luther et la page de gauche le 1er verset d’une hymne traduite en Allemand par Luther.

- un globe terrestre. Il indique la ligne de partage du monde entre l’Espagne et le Portugal. On y voit aussi le Nouveau Monde, en particulier les côtes brésiliennes.

Arrière plan :

Un rideau de velours vert (sur le tableau original,on peut voir dans la coin gauche un crucifix dans un coin qui n’est pas sur toutes les reproductions).

Sol :

Il est composé de cercles et de carrés où se détache un os de seiche.

- Le pavage a été identifié, l’un se trouve à l’abbaye de Westminster et le second à la Chapelle Sixtine exactement sous la création d’Adam de Michel Ange.

Il est certainement la représentation d’un macrocosme, un shéma de l’univers, le cercle central symbolisant Dieu et les 4 cercles périphériques représentant les 4 éléments : le feu, la terre, l’eau et l’air.

- le crâne (ou os de seiche) qui est une anamorphose et que l’on peut voir en mettant une cuillère au sommet de l’os à droite. Le dos de la cuillère doit pointer vers la gauche et être perpendiculaire au tableau.

Dans cette tête de mort est reflèté notre propre néant. Mais les deux personnages du tableau vont franchir les portes de la mort et devenir éternels grâce à leur image peinte par l’Artiste et être regardés et compris par de nombreuses générations d’hommes. Ce crâne peut représenter aussi les sentiments du Peintre, face au cataclysme que représente le partage du nouveau monde et les nouveaux enjeux mondiaux qui entraîneront la mort de nombreux hommes.

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Analyse écrite le 18 novembre 2009 et publiée le 20 Mars 2010 sur le blog  » Amour Beauté, Désir. »image74

ANALYSE DE LA CRUCIFIXION DE PICASSO.

ANALYSE DE LA CRUCIFIXION DE PICASSO. dans -Analyse de Peintures.

La crucifixion de Pablo Picasso-1930.

ANALYSE DE LA CRUCIFIXION DE PICASSO.

Picasso est né le 25 Octobre 1881 à Malaga (Espagne) et est décédé le 08 Avril 1973 à Mougins (France). Il a peint ce tableau de La Crucifixion en 1930.

Le contexte du tableau .

Picasso reprend ici l’un des thèmes les plus représentés dans l’histoire de la Peinture religieuse Européenne : La Crucifixion. Il replonge ainsi dans l’histoire et les mentalités qui ont marqué son imaginaire depuis son enfance. L’ensemble du tableau est dominé par les couleurs rouge et jaune. Les couleurs sont très vives. Les personnages sont vus de face ou de profil comme dans les peintures égyptiennes.

Picasso ajoute dans ce tableau des images issues de son propre univers : C’est un picador qui perce la poitrine du Christ au lieu d’un soldat romain, le flanc de Jésus, sur la peinture traditionnelle. Le profil de Marie Madeleine apparaît comme lors du sacrifice du taureau dans l’arène au soleil. Ici ressort la question de la mise à mort, la tragédie, la passion et le sacrifice.

C’est étonnant de retrouver ce thème de la crucifixion chez Picasso qui est alors athée et traité surtout de cette façon…On y retrouve comme dans les tableaux traditionnels, un personnage central, le Christ et deux femmes de chaque côté, Marie-Madeleine et la Vierge Marie.

Il est à noter que ce tableau était resté dans la collection personnelle de Picasso, et destiné à n’être vu que par les intimes. Il a dû être exposé deux fois. On le découvrit à la mort de l’artiste.

Picasso se transposerait ici dans le Christ et il  exprimerait ses propres souffrances et les frustrations dont il était l’objet à l’époque. Il faut donc aller dans l’inconscient de Picasso pour connaître ce qui l’a poussé à réaliser cette peinture… Certainement l’amour pour deux femmes qui perturbaient sa vie : Marie Thérèse Walter, son modèle et Olga Khokhlava, sa femme.

Picasso avait épousé la danseuse Olga Khokhlava le 12 juillet 1918. Mais il rencontre à la fin de 1926 Marie-Thérèse Walter, alors mineure. Il se sépare d’Olga en juin 1935 et le 05 Octobre naît sa fille Maya qu’il a eue avec Marie-Thérèse Walter.

A l’époque de la réalisation du tableau, ses relations avec sa femme Olga se dégradent. Elle lui fait des scènes de jalousie qui se succèdent. Elle espionne le Peintre, le harcèle. Il doit sortir de sa personne ses propres angoisses, face à la crise conjugale qu’il traverse. Il a besoin de recourir à la peinture pour les extérioriser et il s’identifie alors à l’image du Christ, crucifié.

Picasso peint une réalité brutale destructrice pour pouvoir se reconstruire. Il dompte ainsi la souffrance interne, sa folie.

L’étude du tableau.

La croix se trouve au milieu du tableau. Il y a un équilibre dans les images et un équilibre chromatique.

Le Christ a un bras tendu et l’autre est masqué par un halo de lumière. Il semble même coupé au niveau d’un panneau noir et d’une échelle. Ce dernier est monté par une échelle pour être cloué sur la croix. Il tranche par la blancheur à cet endroit du tableau, couleur du linceuil, de la mort.

Le soleil et la lune sont représentés de chaque côté du Christ comme dans le tableau traditionnel. Ils marquent la dualité et la complémentarité opposant la lumière et l’obscurité, la vie et la mort.

Un picador l’a piqué avec sa lance qui est tâchée de sang. Il se trouve sur le sommet d’une colline en arrière, monté sur un cheval.

Un point noir situé sur l’abdomen du Christ montre une blessure, rappelant celle qui était faîte sur le flanc du Christ dans les Peintures traditionnelles de crucifixion. Le sang qui coule pourrait être aussi cette colonne noire verticale.

Sur son torce apparaît l’anamorphose d’un crâne, un autre motif traditionnel.

Marie Madeleine et la Vierge Marie se tiennent de chaque côté du Christ. L’une des femmes a la tête d’une mante religieuse.

Au-dessus de l’échelle on voit un homme en rouge qui cloue la main de Jésus sur la croix. Il tient encore un marteau dans une main.

En bas du tableau, deux personnages jouent aux dés sur un objet rond, une table, un bidon? Deux autres personnages ont le corps disloqués. Ce sont deux larrons ont été descendu de leur croix.

On a l’impression que les personnages de cette Peinture flottent dans un espace sans repère. A qui appartient les jambes? Cette scène se déroule comme dans un rêve…

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Analyse écrite le 18 décembre 2009 et publié par Claire sur le blog  » Amour, Beauté, Désir » le 19 Mars 2010.image74

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